Gwenola Wagon

Institut de néoténie pour la fin du travail

Call center, vidéos et plantes

Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon

2017

L'installation vidéo Institut de néoténie pour la fin du travail nous projette dans un futur proche ou lointain, où la végétation a envahi de manière spontanée les vestiges de la société tertiaire. Sur chaque poste de travail défilent les images de ce qu’était la vie de bureau au début du XXIe siècle.

Les bureaux d’un call center abandonné sont dévorés par une jungle de plantes tropicales. Sur chaque poste de travail, un écran d’ordinateur encore allumé diffuse en boucle des vidéos faisant la promotion de l’Institut de néoténie : films amateurs récupérés sur Internet, montrant les symptômes les plus criants de l’avilissement du travail au début du XXIe siècle, et films montrant des activités ludiques propices à l’allongement de la période infantile de l’homme.

La néoténie est une caractéristique de certaines espèces, telles que l’homme, les animaux domestiques ou l’axolotl, qui conservent des caractéristiques juvéniles bien plus tard que la moyenne des autres animaux. Nés au monde prématurément, ils continuent de jouer et d’apprendre pendant une grande partie de leur vie. L’homme néotène est un grand prématuré.

On verra des employés surmenés, confinés dans des tâches absurdes, s’adonner à des jeux infantiles. Pour ne pas devenir fous derrière leur machines, ils retournent en enfance. D’autres, pour pallier la vacuité et les burn-out, suivent de pittoresques séances de soutien psychologique, s’embrigadent dans des séminaires ou des stages de survie. S’ils sont virés de leur stupid job, ils laissent exploser leurs émotions contenues, passent leurs nerfs sur leur outil de travail et détruisent leurs machines, dans un lointain rappel des luddites. En dehors de ces joies fugaces, le quotidien est fait de victoires au sudoku en cachette de leur n+1, d’organisation de courses de chaises de bureau dans les couloirs, de sauts de haies dans les call centers, de strip-teases, de batailles de palettes, de sculptures en parpaings sur les chantiers, d’abandon aux bras des robots… Le bureau se transforme en ultime parc d’attraction pour les derniers humains à qui l’on confie du travail.

Plus d'informations sur la page consacrée au projet

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